Si en région hennuyère le Carnaval, qui se passe généralement durant le mois de mars, est la partie la plus connue du public, il n’en demeure pas moins que les manifestations folkloriques ont débuté plusieurs mois auparavant. C’est en effet à l’approche des fêtes de fin d’année qu’ont lieu les répétitions de batterie, où les différentes sociétés de Gilles ont l’occasion de renouer le contact avec leurs tambours. Durant les mois de janvier et de février, prennent place successivement les « soumonces » en batterie et en musique. Les membres des sociétés folkloriques parcourent alors la ville revêtus de la tenue traditionnelle du mineur (hommage rendu par une ville/communauté aux travailleurs qui l’ont bâtie à force de labeur et de courage). Enfin, deux semaines avant l’apothéose finale du carnaval, les sociétés travesties créent l’animation à l’occasion des soumonces générales. Une débauche de couleurs et de costumes s’empare alors de la cité, et annonce le renouveau des saisons, au sortir de la rudesse de l’hiver.

Ce renouveau du cycle des saisons a enfanté la formation d’improvisation hennuyère (Belgique) SOUMONCES! (Sébastien Biset, Sébastien Karkoszka, Jean DL, et Impostor, selon les circonstances). Enjoy. Par le printemps, Prima Tempera, la formation retrouve son origine folklorique. Loin des Fausse(s) Couche(s) des Pratiques de l’Usure et Manières d’être là, et du bonheur des projets avortés et renouvelés dans les séquelles de l’enthousiasme, Soumonces! jouit d’un renouveau à chaque fois renouvelé. Pas d’enfantement dans la douleur, mais une spontanéité de l’action. Manière d’être là = Manière d’être au monde. Entre improvisation hennuyère, avortement popcore foutraque, songwriting décousu, envolées noise et autres dérapages, rien n’est préparé, anticipé, réfléchi. Tout est de l’ordre de l’accident, de la coïncidence, du sua ponte (volonté libre). Ca se dévoile sur le « coup », ce n’est pas une question de forme, mais un état de rencontre, du performatif, en somme, quelque chose qui s’invente en discontinu, sans consensus mais dans un accord intrinsèquement lié à la complémentarité/compatibilité de ses initiateurs.

À l’occasion du renouveau saisonnier, Soumonces! est né d’un Påskeøl live. Pâques est le versant chrétien du renouveau païen. Påskeøl est la Saint-Feuillien de Pâques (Påskeøl Abbey Ale) (7% vol. alc.), spécialement brassée en début d’année pour nous permettre de saluer en force le retour de la lumière et du printemps tant attendu. La robe se révèle ambre foncé. La mousse fine et compacte est légèrement jaunâtre. Au nez, le dégagement aromatique est agréablement soutenu, belle harmonie alliant malts caramélisés, houblons fins et épices. La bière est ronde et douce, rehaussée discrètement par une amertume très subtile. Sa longueur en bouche est surprenante. Brassée à l’origine pour le Danemark exclusivement (où la tradition de Pâques reste importante), on la trouve depuis peu dans la région du Roeulx, à l’approche du renouveau pascal.

Soumonces! c’est à la fois de l’« exotism noise pop improv » sans maitrise, du –core à tous les niveaux, la beauté de l’improvisation où les incidences progressent, se marient ou s’annulent. C’est aussi de la noise, un magma porté par ses membres, des pulsions, des décharges. ENJOY. Soumonces! c’est à la fois le chant et le cri. Le cri ne véhicule aucune parole, il est régression jusqu'au niveau le plus archaïque de la vie psychique et corporelle. Le cri est naturellement et culturellement un geste symbolique fort. L'affolement de la voix s'oppose à l'articulation de la voix. Il s'agit d'une impulsion première constituant une référence instinctive (le cri, premier bruit de la mise au monde – celui de la mère, celui de l’enfant). Condensation et association libre : alerte, décharge, énergie, vitalisme, extatisme, dépense. C’est aussi la musique comme simulacre du meurtre rituel - originel (le bruit/l’agneau ?), loin de la domestication. Du désordre (à l’origine il y a le bruit) en guise de commémoration, de célébration. Le glas des cloches (« elles chanteront vos joies et pleureuront vos peines »). C’est aussi l’éloge des fins, sans péjoration. La Fin. Moment auquel s’arrête un processus. En philosophie, la fin désigne ce vers quoi tend un système de choses. Terme, but. Sur le plan constructif, dans l’optique desdites Pratiques de l’usure & Manières d’être là : passer par l'excès et la saturation pour dépasser les acquis ; privilégier un processus de construction basé sur les soubresauts de l'éclat. Une « pratique de l’usure » fondée sur le sentiment d’une succession d’impasses, autrement dit des balises à dépasser – d’une manière ou d’une autre. Si elle peut troubler par sa dureté et son besoin de renouvellement, on ne peut considérer cette attitude comme négativiste, elle ne sous-tend aucune complaisance nihiliste basique : elle est une construction fondée sur ce qu’on pourrait se hasarder à nommer, dans l’excès au fond amusant de délire intellectualiste, une « téléologie anomique ». Une perspective fuyante caractérisant nos projets, une fuite vers l’avant passant par la mise en impasse de chaque étape de l’itinéraire (autrement dit des pratiques de l’usure, de la saturation, de la dépense, ce qui témoigne d’une approche très vitaliste du comportement, des choix et de l’usage du temps imparti). (Avant toute chose) À mon avis c’est la fin… ENJOY. Limite. Frontière entre deux réalités contigües. Point où s'arrête l'action de quelqu'un ou de quelque chose. Ce avec quoi on flirte avant l'excès. La fin se mêle au Projet. Aspect de ce qui est vu de loin. Point de vue, approche particulière sur une idée, un événement. Représentation, éventualité. Ensemble d'activités qui sont prises en charge, dans un délai donné et dans les limites de ressources imparties, par une ou des personnes qui y sont affectées dans le but d'atteindre des objectifs définis. Perspective. Prospectif-ve. Relatif à l’avenir, dont l’intelligence est orientée vers l’avenir. Science qui a pour but d'étudier l'évolution des sociétés dans un avenir prévisible. Anticipation. Usure. Détérioration due à une utilisation trop fréquente ou prolongée. Affaiblissement, disparition sous l’effet du temps. Vitalisme. Conception philosophique définissant la vie comme de la matière dans laquelle se trouve un principe ou force vitale. Selon cette conception, c'est cette force vitale qui insufflerait la vie à la matière. D'après cette doctrine il existe en chaque individu un « principe vital », distinct à la fois de l'âme pensante et des propriétés physico-chimiques du corps, gouvernant les phénomènes de la vie. Malgré son unité sémantique, le vitalisme est à entendre de deux façons : d'une part, il s'agit d'une position scientifique de nature axiomatique qui a été l'objet de débats et de polémiques au sein de la communauté scientifique et qui est aujourd'hui tombée en désuétude, d'autre part, il s'agit d'une position – ou théorie – philosophique encore vivante aujourd'hui.

Ca fermente et ca jaillit, empreint de circonstances et de situations. Ou comment jouer du contexte, sans contrôle, sans domestication. On dit d’un bon whisky qu’il est, selon certains équilibres, empreint des particularismes des lieux et du contexte de sa production. Si Soumonces! était une bière, ce serait une bière sauvage. La micro-flore sauvage produit plus d’arômes et de saveurs vivaces que les levures cultivées. La sauvagerie est excitante. Michael Jackson, critique et spécialiste britannique de la bière et du whisky, l’a exprimé par cette analogie : la bière sauvage, c’est la musique live, contextualisée, en situation, par rapport au studio qui, neutralisateur d’accidents, écrête les nuances, nivelle les productions, homogénéise la création. Le geste musical est, à l’origine, essentiellement performance. Il se déroule et se dévoile en acte ; ce sont les pratiques de l’écriture, d’abord, et les méthodes de captation, ensuite, qui ont minoré sa valeur performantielle pour lui préférer la forme, abstraction faite du temps et du contexte de l’exécution. Jusque là, la musique a toujours été hic et nunc, entendue lorsque jouée. Quoi qu’on attende d’elle, la musique n’est pas déliée d’une situation, d’une concrétude, elle n’est jamais totalement autonome. À croire que la seule chance pour la musique d’être perçue sans trahison, à l’heure où nous avons dépassé la simple trahison des images pour une trahison des perceptions, est d’être vécue ou comprise en tant que situation, autrement dit elle doit être contextualisée pour s’incarner véritablement – par-delà le spectacle, sa scène et donc sa mise en scène, ses effets, ses simulacres. À trop l’abstraire on rêve d’une musique désincarnée, fantasme de l’harmonie et du dépassement. Mais elle n’existe qu’en passant à travers nous, au travers d’un ou de sujets, physiques, psychiques ; elle émane du réel et s’incarne dans un moment et un lieu définis (épiphanie – « manifestation »). Elle est un incident de la vie dompté par l’esprit. Elle se vit, empreinte des micro-événements participant de son espace-temps spécifique, elle nous échappe et nous emmène, in fine, chaque fois un peu plus loin.


De la Folk Noise bien accordée, bien balancée. Noise, la vie d'un homme qui n'aimait pas le bruit. ... Une pensée murie au rythme des réjouissances et des glas. C’est un flux, un rythme sans réelle pulsion. Juste quelque chose de continu que nos activités ponctuent, donnant le sentiment de le suspendre, de l’accélérer ou de le ralentir. Voire d’y mettre un terme. Le glas.

Je suis en quête de CLARTÉ bordel !!!! Je veux bien des lueurs obscures mais de la LUEUR !!!! Je veux chanter dans des bols avec des micros de contact. Je ne veux pas jouer à Dieu avec le monde animal. Je veux de la fracture, de la révélation LUMINEUSE !!!! Frappe, Thor, de ton Arc. Fais descendre ta FOUDRE sur mes pénates endolories. Que crie le cerf d'or dans les vallées en mal de la RÉVÉLATION. Rouléboulez, organes anticlinaux ! La vie sont (sic) des combat shoes prêtes à fouler les terres inondées de BLANCHEUR ! Je veux voir le sang à raison, et les madones éthérées chantant au ciel des CANTIQUES fusionnels. Je veux des ganglyons matriciels heureux, soulevant de poussifs BLIZZARDS lézardesques et d'innombrables fantasmagorrhées. Des chimères célestes enivrées, à la queue stellaire traînant dans les NIMBES. De quoi apercevoir la FRAÎCHEUR arctique enveloppante et tonitruante. En boréales, gargantuesques harpies gentilles et épileptiques. Des Loreleis et des Corydons hurlant au fifre des désirs humains comblés. Des apocalypses diluviennes et satisfaites. Des archéoptéryx de neige, qui garnis, angora ou encore gavés de sauge, gorgés de jus de raisins SOLAIRES, se délectent de musique EXHALTÉE et d'orgues époumonés vers le Levant. Des infra-fréquences extatiques et harmonisées, de par les cors des versants suisses, des moraines, et des ubacs malicieux en ronde fleurie. Voile, descend, obscur, couvre mes paupières de ton huile de mer, la surface s'est investie de mon âme. Réveille-toi et va faucher la rondeur. Un geste suffira et tu ne reviendras jamais. Prospérité de la décision, de l'inéquation et de la détermination. La termination. L'aquascillon. Le tracé ondulant des fresques frissonnantes. Gourmettes d'argent portant ton nom : Michel.